Underground Railroad de Colson Whitehead

Couverture anglophone de The Underground Railroad. Sur un fond rouge terre battue, on voit une représentation de chemin de fer entrant et sortant du livre avec le titre en blanc en bas et le nom de l'auteur en tour en haut, ainsi que quelques reviews de journaux Underground Railroad de Colson Whitehead

 

Résumé:
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les Etats libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le  » misérable cœur palpitant  » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Généralement, je ne fais pas vraiment attention aux prix littéraires. On en entend parler à la radio et sur internet pour sûr, mais je n’y fais pas vraiment attention. Cette année, le roman qui a remporté le prix Pullitzer pour le meilleur livre de fiction avait retenu mon attention sur le moment pour son sujet, mais je l’avais oublié, trop peu de temps, trop de choses à faire. Et ce, jusqu’à début septembre. Mon anniversaire était le 2 septembre et l’un de mes ami·e·s m’a, pour l’occasion, offert Underground Railroad de Colson Whitehead.

Quel bon choix de cadeau, quel bon choix de livre à récompenser !

Durant la période esclavagiste aux États-Unis, l’un des projets anti-esclavagistes les plus ambitieux fut ce que l’on appelait « le chemin de fer clandestin » (« The Underground Railroad », littéralement, le chemin de fer souterrain), mais ce n’était ni un chemin de fer, ni souterrain. L’organisation était clandestine et l’on voyageait d’un état à un autre en passant de « gare » en « gare ». Il reliait les différents états des États-Unis et permettait aux esclaves qui réussissait de s’enfuir et de traverser le pays clandestinement (Wikipedia a un très bon article rempli d’informations et avec encore plus de sources en anglais). Toutes les étapes étaient déconnectées et les personnes aidant à un bout ne savaient que ce qu’iels avaient à faire, de sorte que si quelqu’un se faisait attraper, iel ne pouvait mettre en péril le système en entier.

Le roman de Colson Whitehead suit Cora, une jeune esclave sur la plantation des Randall dans la Géorgie, l’un des états du Sud les plus durs et dans lequel le « chemin de fer » (qui est dans cette fiction un chemin de fer réel) est dit ne pas opérer car trop au Sud, trop dur à faire fonctionner. Toute la première partie du roman se déroule en Géorgie, on y découvre la vie dans la propriété des Randall, dans le village où habite Cora. On y découvre des personnages, des histoires de vie, la violence constante que subisse les esclaves, physique et morale. Certains esclaves n’ont jamais quitté la plantation, d’autres viennent d’autres États. La seconde partie du roman nous présente la vie de Cora alors qu’elle passe d’un État à un autre, qu’elle vit la vie d’une personne noire (ou colored, « de couleur » comme c’est dit dans le livre) dans un Etat autre que celui dans lequel elle est née.

A travers ce voyage, on découvre les États-Unis de l’époque, imaginé, mais retranscrivant les attitudes des personnes blanches envers les personnes noires, mais aussi des personnes blanches envers ceux qui aident les personnes noires à s’échapper et des personnes noires entre elles. Ces attitudes sont souvent négatives, mais le positif est présent au détour d’une page, dans le lointain. De nombreux parcours de vie de personnes noires nées libres ou esclaves, de personnes blanches de toutes conditions sont présentés. On voit les différences de traitement, presque toujours négatif, des personnes noires. Le racisme est partout présent, mais certains cas comme celui de la Caroline du Nord sont particulièrement brutaux. On est également rappelé au présent et au cas des manifestations récentes de suprémacistes blancs, notamment en Caroline du Nord, mais vraiment à la condition des personnes noires (et plus généralement de couleur) aux États-Unis.

C’est une allégorie basée sur des faits réels, c’est une grosse claque, nécessaire, pour essayer de comprendre ce qui a amené à l’histoire présente des relations entre blancs et noirs aux États-Unis. On nous raconte les conditions de vie, mais également certains événements politiques et scientifiques de l’époque (les musées ou les « expériences » scientifiques pratiquées sur les personnes noires « rachetées » par l’État), la situation mondiale est évoquée avec les grandes migrations, irlandaise notamment. Les événements sont compressés, les dates mélangées pour montrer en quelques centaines de pages la situation globale de la période esclavagiste états-unienne. Au travers du voyage de Cora, c’est tout un pays, toute une culture, un mélange de cultures vraiment, que l’on découvre. J’aimerais tout détailler tellement ce livre est riche et intéressant. Il vous prend et nous lâche plus. Il vous marque au fer rouge et nous met, Européens, devant les conséquences des actions de nos ancêtres, quels qu’iels soient.

Le personnage de Cora m’est devenu sympathique au fil du roman et je voulais savoir comment son histoire allait finir, qu’est-ce qui allait lui arriver et par quels moyens arriverait-elle à la prochaine étape de son voyage ? Les pages se tournent toutes seules, les kilomètres défilent, les phrases sont fluides, les mots choisis. L’un des points que j’ai vraiment apprécié est la façon dont l’histoire est présentée. Elle est racontée globalement chronologiquement (pour le personnages, non pour l’Histoire) avec quelques apartés pour présenter les points de vue de personnages croisés et évoqués. Mais surtout lorsque des événements bouleversants se préparent, au lieu de faire monter la sauce, on est informé qu’un grand chamboulement arrive. J’ai souvent du mal avec le suspense, je suis trop anxieuse pour apprécier vraiment ça, et je suis très reconnaissante à l’auteur de laisser ces petites phrases nous préparer à ce qui arrive. Les faits sont suffisamment durs pour ne pas en rajouter artificiellement.

Ce n’est pas un livre facile à lire sur le plan du sujet évoqué, mais la narration nous entraîne et nous apprend. Ce livre est si important, je ne peux qu’être d’accord avec les récompenses gagnées. C’est le genre de livres que tout le monde devrait lire. Achetez-le, allez l’emprunter à votre bibliothèque (ou votre BU), faites un groupe de lecture avec vos ami·e·s pour en discuter et partagez, allez lire d’autres livres (plus historiques) pour en apprendre plus (ce que je vais aller faire).

Il regorge tellement de détails qu’il mérite à être lu et relu, mais je vous avoue que je ne le relirai pas dans l’immédiat, je suis vidée. Mais aussi pleine de réflexions, sur le livre, son histoire, l’Histoire, sa fin (oui, je me suis bien exclamée en découvrant que la page suivante était les remerciements et que l’histoire se terminait là, on en veut plus). Lisez donc ce livre et je vous laisse sur l’une des phrases les plus emblématiques du livre :

« Every state is different. Each one a state of possibility, with its own customs and way of doing things. Moving through them, you’ll see the breadth of the country before you reach your final stop. »

« Chaque état est différent. Chacun, un état de possibilités avec ses propres traditions et façons de faire. En les traversant, vous verrez l’étendue du pays avant d’arriver à votre arrêt final. »

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2 réflexions au sujet de « Underground Railroad de Colson Whitehead »

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